L’âge d’or de Tripoli dans les années 1950 se reflétait dans une scène culturelle vibrante, animée par des théâtres, des cafés et des cinémas qui attiraient des foules venues de toute la ville et d’ailleurs. C’était une époque où la créativité imprégnait les rues, et le cinéma Colorado en était l’un des piliers.
Récemment, sa fermeture a été officiellement annoncée par Elias Khlat, fondateur et directeur du Festival du Film de Tripoli, marquant la fin d’une époque pour l’un des monuments culturels les plus emblématiques de la ville.
Conçu par le regretté ingénieur George Doumani pour refléter l’effervescence urbaine de Tripoli, le cinéma Colorado pouvait accueillir près de 900 spectateurs sous son dôme emblématique. Sa scène a accueilli des figures majeures du cinéma, dont le réalisateur tripolitain Georges Nasser, qui y a présenté en première son film révolutionnaire Où va-t-on ? (Ila Ayn?) en 1957. Ce film est d’ailleurs entré dans l’histoire en devenant le tout premier film libanais sélectionné au Festival de Cannes. Vous pouvez tout lire à ce sujet ici.
Aujourd’hui, à l’ère du numérique, le Colorado entre silencieusement dans l’histoire. La supervision officielle est quasi inexistante, et tandis que des générations de bâtiments emblématiques disparaissent, le public observe, impuissant. La fermeture du Colorado nous rappelle que les monuments culturels incarnent la mémoire collective, la fierté et l’identité d’une ville.

Alors que Tripoli fait ses adieux à l’un de ses cinémas les plus chers, une question demeure : comment protégerons-nous ce qu’il reste de notre patrimoine avant qu’il ne s’efface à jamais ?